Category Archives: B2

Intermédiaires

Quelques liens pour écrire en français

Écriture

Rien de bien nouveau dans cette nouvelle publication, il s’agit juste d’une petite liste d’outils qui nous faciliteront la tâche lorsque nous écrirons en français.

Ma première option, quand elle est possible, est de dicter à mon téléphone (Androïd) le message que je veux envoyer. Je suis toujours surpris qu’il comprenne si bien ce que je dis (même quand je lui parle en espagnol). Il met les accents où il faut et il ne se trompe que très rarement dans l’orthographe ou la grammaire.

Dictionnaires

Bilingues

  • Wordreference (Il n’est plus à présenter, tout un classique)
  • IATE –  “Inter-Active Terminology for Europe”  is the EU’s inter-institutional terminology database. IATE has been used in the EU institutions and agencies since summer 2004 for the collection, dissemination and shared management of EU-specific terminology

Monolingues

  •  CNTRL (Un excellent dictionnaire)
  • Larousse (Sa réputation n’est plus à faire)

Techniques

    • DAFA (Dictionnaire d’Apprentissage du Français des Affaires).

Correcteurs orthographiques

  • Scribens   Correcteur d’orthographe et de grammaire avancé. (Mon premier choix)
  • Bonpatron  Correcteur de grammaire et d’orthographe.
  • Reverso Correction de textes en français en ligne.
  • Cordial Un autre correcteur orthographique en ligne.

Conjugaison

Synonymes

À ces liens que vous connaissez déjà sûrement, j’ajoute ces quelques pages qui pourront j’espère aussi vous être utiles de l’Union Européenne.

En avez-vous d’autres à me suggérer ?

Vidéo – Le dollar

L’ECONOMIE AMERICAINE – ECO DICO :

Le Dollar

 

Le dollar roi des devises ?

Eric VERGNAUD – Direction des Etudes Economiques :
Oui le dollar est toujours la première des devises que ce soit en matière
d’échanges internationaux, de montant des réserves de changes.
Le dollar c’est la devise qui est la plus échangée, sur tous les marchés.
La parité euro/dollar est la parité la plus traitée.
En tous cas la caractéristique du dollar, c’est d’être la devise d’une zone
économique qui dépasse largement les seuls Etats-Unis.
En effet compte-tenu du fait que les transactions internationales sont
à 75/80 % libellées en dollars et que de nombreux pays, même s’ils
n’utilisent pas le dollar ont une devise qui est liée par un mécanisme plus
ou moins compliqué, mais disons simplement qu’ils sont liés à la valeur du
dollar, on a une sorte de ce qu’on peut appeler une zone dollar.

L’euro face au dollar

Eric VERGNAUD – Direction des Etudes Economiques :
L’émergence parmi les devises internationales d’un véritable concurrent,
un véritable second qu’est l’euro, qui a réussi à prendre la place,
même un tout petit peu plus, que la place qui était auparavant occupée par
toutes les devises composantes de l’euro, c’est à dire le mark, le franc
français, le franc belge, la lire italienne, la peseta espagnole, etc.
Donc ce n’était pas gagné au départ. La différence avec la situation
d’avant l’émergence de l’euro, c’est que le dollar a face à lui une
véritable devise internationale. Mais le dollar reste la première devise
internationale.

Philippe d’ARVISENET – Direction des Etudes Economiques :
La seule chose qui bénéficie encore largement au dollar, c’est le fait
qu’elle reste une monnaie prépondérante dans la facturation d’un certain
nombre de choses, les matières premières, par exemple, ou le commerce
extérieur d’un certain nombre de pays, qui restent en dollar.
Mais peu à peu ça baisse, parce que par exemple certains pays d’Europe de
l’Est sont de plus en plus intéressés à passer à l’euro, de ce point de
vue là.

La baisse du dollar

Eric VERGNAUD – Direction des Etudes Economiques : 
Jusqu’à la phase récente, d’envolée des prix du pétrole et d’envolée des
prix alimentaires, elle commençait à avoir des aspects positifs en matière
de relance des exportations.
Mais voilà, à peine les premiers chiffres ont montré que ça allait mieux
du côté des exportations, probablement grâce à cette forte baisse du
dollar, que les pressions inflationnistes importées deviennent un problème.
Elles seraient devenues un problème à terme mais elles le deviennent
beaucoup plus rapidement parce qu’il y a cette poussée des prix du pétrole.

 

Avantage pour les USA : l’investissement étranger
est favorisé

Eric VERGNAUD – Direction des Etudes Economiques :
Mais, il y a aussi des avantages Quand vous voulez que l’on vienne investir
chez vous, c’est vrai que si l’investissement coûte un petit peu moins cher
qu’il n’a coûté il y a un an, et l’on pense que finalement ça peut être une
bonne affaire, ça peut attirer des capitaux.
Le risque, c’est que se met en place dans l’esprit des investisseurs,
l’idée que c’est plus bas aujourd’hui qu’hier, mais c’est plus haut
aujourd’hui que demain.

L’avenir du Dollar

Eric VERGNAUD – Direction des Etudes Economique :
L’ensemble des prévisions pour les deux ou trois ans qui viennent sont
plutôt orientées dans le sens d’un regain du dollar, par rapport à l’euro
par exemple.
Donc, pas de danger pour la suprématie du dollar.
Philippe d’ARVISENET – Direction des Etudes Economiques :
Ce n’est pas avant des dizaines et des dizaines d’années que le yuan
prendrala place du dollar, si jamais ça se produit en matière de
monnaie numéro un. On en est extrêmement loin.

Les contractions orales

Pour parler comme un vrai français …

La négation : Suppression systématique du “NE” à l’oral

Forme écrite

Forme orale

Je ne viens pas demain

Je viens pas demain.

Je n’y vais pas

J’y vais pas.

Il n’en veut pas

Il en veut pas

Tu n’aimes pas ?

T’aimes pas ? (+élision orale du “Tu”)

Ce n’est pas grave

C’est pas grave

Je n’y crois pas !

J’y crois pas !

 

Contraction de mots:

 

Forme écrite

Forme orale

Je

ch’ (avant une consonne)

Ch’pars demain.

Tu

T’ (élision avant une voyelle)

T’exagères !

Il

i (avant une consonne)

i veut v’nir avec nous.

Ils

Iz (Avant une voyelle) i (avant une consonne)

Iz aiment les moules ? I viennent pas ?

Elles

Ez (avant une voyelle) è (avant une consonne)

Ez adorent le rose. / è pense à rien.

Plus

Pu

J’en peux pu

Réfléchis : me / te / se /

m’/t’/s’ (avant une consonne)

À quelle heure tu t’lèves ?

Article : Le

L’(avant une consonne)

Tu fais l’café ? / Il n’ aime pas l’café

Il est deux heures moins l’quart.

Préposition : De

D’ (avant une consonne)

Il n’a pas d’chance. (prononcer “pat”)

Pronom relatif : Qui

Qu’ (avant une voyelle)

Il y a quelqu’un qu’est venu ?

 

Suppression de lettres dans des mots :

Forme écrite

Forme orale

Revenir / recommencer / refaire etc.

(Re ⇒ R’)

R’venir / r’commencer / r’faire etc.

Quand est-ce que tu r’viens ?

Monsieur / Madame

M’sieur / M’dame

Bonjour M’sieur Dupont !

Quatre

kat

I marche à kat pattes.

 

Le passé composé :

Forme écrite

Forme orale

Je suis / Je ne suis pas

Chui / Chuipa

Chui allé la voir hier !

Tu es / Tu n’es pas

Té / tépa

Tépa encore partie ?

Ils sont / Ils ne sont pas

isson / issonpa

Issonpa contents !

Elles sont / Elles ne sont pas

esson / essonpa

Esson pas encore arrivées.

Tu as / Tu n’as pas

Ta / Tapa

Tapa vu mes clés ?

Ils ont / ils n’ont pas

Elles ont / Elles ont pas

Izon / Izonpa

Ézon /Ezonpa

Ézonpa compris ce que voulais dire.

 

Il y a

Forme écrite

Forme orale

Il y a / Il n’y a pas / Il n’y a plus / Il n’y en a plus

Ya / Yapa / Yapu / Yanapu

Ya eu un terrible accident sur la route.

 

Qu’est-ce que / Est-ce que / Parce que

 

Qu’est-ce que tu dis ?

Kes tu dis ?

Qu’est-ce qu’il fait ?

Keski fait ?

Est-ce qu’il vient ?

Eski vient ?

Il vient parce que je suis là.

I vient paske chui là.

 

 

Exemples de contractions multiples

 

Tu n’en a pas

T’en a pas ?

Je ne sais pas

Ch’sais pas

Ce n’est pas grave je te dis.

C’est pas grave ch’te dit.

Elle ne peut pas venir.

É peut pas v’nir.

Tu te fous de moi ?

Tu t’fous d’moi ?

Je n’ai pas pu faire quoi que ce soit.

J’ai pas pu faire quoi qu’ce soit.

Ils n’ont pas terminé parce qu’ils n’ont pas eu le
temps.

I n’ont pas terminé pask’ izon pas eu
l’temps.

 

Quelques expressions orales bien française  (mais à éviter)

  • Ben …
  • Euh …
  • En fait …
  • Bon, donc, alors ..
  • Bien …
  • Où j’en étais ?
  • Ben euh …
  • Ben en fait …
  • Et tout …
  • Enfin

 

 

Histoire du moustique

Mardi 31 août 2010 à 10h13

Histoire du moustique

L’animal le plus mortel pour l’homme.

– Aedes aegypti / James Gathany –

Les professeurs de biologie demandent souvent quel est animal qui tue le plus de gens. Leurs pauvres élèves se ridiculisent en s’écriant «l’ours gris!», «le tigre!», «le cobra !» ou même «l’hippopotame!». La bonne réponse, bien sûr, c’est le moustique femelle –pas de fourrure, pas de crocs, rien qu’une aiguille hypodermique ailée. Sa longueur dépasse à peine cinq millimètres, elle a six pattes, et c’est le vecteur de maladies le plus efficace de tout le règne animal. C’est grâce à son odorat qu’elle nous repère, attirée par l’acide lactique et d’autres ingrédients de notre transpiration. Elle sent aussi le dioxyde de carbone que nous expirons et arrive jusqu’à notre visage en remontant le sillage de notre respiration. Plus on sue et plus on halète en la chassant, plus on l’intéresse.

La plupart ne boivent pas de sang

Son apparence n’est pas répugnante. Au contraire, sa petite taille, ses lignes pures, la longueur de ses pattes et sa fragilité lui donnent une certaine élégance. On serait même prêt à lui donner un millilitre de sang, malgré la démangeaison qui accompagne sa piqûre, si on ne s’inquiétait pas de ce qu’elle peut transmettre. Parmi les nombreux agents pathogènes qu’un moustique peut véhiculer, le pire est le paludisme, qui tue chaque année plus d’un million de personnes, dont les deux tiers se trouvent en Afrique sub-saharienne, pour la plupart des enfants de moins de 5 ans.

Tenter de donner une meilleure réputation à une telle créature n’a pas de sens. Personne n’aime les moustiques, ni les amis de ces insectes. Pourtant, il est injuste de dire indistinctement du mal des 2.600 espèces de moustiques déjà décrites. Parce qu’il n’y en a qu’environ 80, soit 3%, qui boivent du sang humain. Sur les 2.520 variétés de moustiques relativement irréprochables, il y en a même une qu’on aimerait voir en expansion: celle des Toxorhynchites, qui mangent d’autres moustiques. A l’état de larves, les Toxorhynchites dévorent leurs cousins, puis s’en prennent à leurs frères et sœurs, continuant souvent à les attaquer jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un seul. Ce drame se déroule dans une minuscule nappe d’eau qui s’accumule au creux d’un arbre ou une petite flaque du même genre. Ces moustiques, y compris l’Aedes, qui transmet des maladies, se sont adaptés à l’environnement industriel et se reproduisent dans des pneus usagés. Comme le savent tous ceux qui ont essayé, il est très difficile d’évacuer l’eau d’un pneu.

Même les moustiques qui se nourrissent de sang n’en ont pas besoin à chaque repas. En fait, ils puisent l’essentiel de leur énergie dans les fleurs et les plantes, auxquelles ils sont utiles en les pollinisant. Le moustique mâle, innocent mis à part le rôle qu’il joue en produisant davantage de femelles, se nourrit en se contentant exclusivement de nectar ainsi que de fluides issus des plantes. Une sorte de moustique qui ne s’intéresse pas à nous est le principal pollinisateur d’une orchidée assez jolie, la platanthère à feuilles obtuses, qui pousse dans les marécages des forêts de l’hémisphère nord. Un autre moustique pollinise la Platanthera integrilabia, une espèce en voie de disparition originaire des Appalaches.

Pourquoi tous les moustiques ne peuvent-ils pas être végétariens? Il y a des millions d’années ou davantage, un moustique primitif, peut-être presbyte, a pu confondre un végétal et un mammifère qu’il a piqué accidentellement, ce qui lui a donné le goût du sang. A présent, les femelles de ces 80 espèces dangereuses ont évolué, comme les tiques, et utilisent du sang pour produire des œufs. Le bourdonnement décidé qu’on entend à l’extérieur (ou à l’intérieur) d’une tente de camping et lié à la survie d’une race animale. Le sang des mammifères contient un mélange très riche de protéines, de fer, de graisses et de sucre qui déclenche le fonctionnement des ovaires d’une femelle de moustique. En 90 secondes à peine, elle peut aspirer jusqu’à trois fois son poids de sang.

Pour accomplir cet exploit, elle se sert de sa trompe. Les ciseaux rudimentaires de ses ancêtres, les moucherons, se sont agrandis et développés sur des générations pour devenir un outil efficace permettant de percer la peau et de boire le sang. Cette trompe est faite de deux tubes entourés par des paires de lames coupantes. Quand elle se pose pour se nourrir, les arêtes tranchantes glissent l’une contre l’autre, comme celles d’un couteau électrique à découper, et fendent la peau. Pendant qu’elle cherche un petit vaisseau sanguin pour l’entailler, son tube salivaire injecte un anticoagulant dans l’étroit tube aspirateur pour éviter qu’il ne se bouche. Les protéines de sa salive provoquent une réaction de notre système immunitaire –une enflure et une démangeaison. Tous les organismes pathogènes qu’elle transporte traversent ses glandes salivaires. A la suite d’un saut diabolique de l’évolution des espèces, les parasites responsables du paludisme qui se multiplient dans l’intestin de l’anophèle perturbent l’organe qui sécrète l’anticoagulant. Leur porteuse doit donc piquer d’autres victimes pour boire la même quantité de sang, et le plasmodium prospère.

Les premiers moustiques sont apparus il y a plus de 200 millions d’années. Ils buvaient probablement le nectar des nouvelles plantes qui fleurissaient ou le sang des dinosaures. (Dans le film Jurassic Park, on a extrait de l’ADN de dinosaure d’un moustique pris dans de l’ambre.) Ils ont dû être vraiment ravis lorsque nous sommes arrivés, environ 190 millions d’années plus tard, presque sans fourrure et avec une peau relativement tendre. Lucy et sa famille d’Afrique orientale ont très certainement souffert de fièvres provoquées par des germes que véhiculaient des moustiques.

Ensuite, comme maintenant, les moustiques se sont multipliés dans l’eau stagnante. Et bien trop vite: l’œuf de cet insecte buveur de sang peut donner un adulte en cinq jours seulement –et ces œufs sont très nombreux. Le moustique porteur du paludisme en pond plusieurs centaines, un par un; d’autres espèces en font des quantités à la fois. Le vivier qui leur sert de piscine n’est sans doute pas plus grand qu’un vieux gobelet en carton ou un couvercle de pot de confiture et il peut être très sale –de l’eau des égouts, par exemple. Une larve de moustique, longue d’environ huit millimètres, ressemble à un teckel aquatique à poils durs ou, si vous préférez, à un asticot velu. Sa tête et son corps sont suspendus à un tube respiratoire qui monte à la surface de l’eau. Au fur et à mesure que ce tuba aspire l’air, des cils filtrent l’eau à la recherche de protozoaires et de bactéries.

Les poissons sont nos amis

L’accouplement d’un moustique néo-zélandais correspond exactement à la définition de la rapacité. Une fois que les larves sont devenues des chrysalides en forme de virgule, les mâles adultes s’approchent et attendent que d’autres femelles éclosent. Dès que l’une d’elles apparaît, un mâle arrive et s’accouple avec elle avant que ses ailes ne soient assez sèches pour lui permettre de s’échapper. Il existe un autre rituel d’accouplement, plus courant et plus libre: les moustiques mâles se rassemblent et forment un nuage. Les femelles choisissent d’y entrer ou non.

Nos alliés vivants dans la lutte contre les moustiques sont principalement les poissons qui mangent leurs larves. A ce titre, on peut remercier le piranha et la gambusie. Les larves de libellules dévorent les larves de moustiques et les libellules adultes se nourrissent de moustiques adultes. Pour leur part, les chauves-souris ont une réputation meilleure que ce qu’elles méritent. En réalité, les moustiques représentent moins de 1% de l’alimentation des chauves-souris. C’est aussi vrai de l’hirondelle noire, même si on l’apprécie.

Si les chauves-souris, les oiseaux et les insecticides pouvaient éliminer tous les moustiques, ce qui est impossible, les exterminer ne serait pourtant pas une bonne idée. Leurs innombrables larves nourrissent les petits poissons, mangés à leur tour par les gros poissons, qui constituent la principale source de protéines dans de nombreux pays en développement.

Naturellement, nous portons un regard anthropocentrique sur les moustiques. On s’en préoccupe parce que ce sont les plus mortels ennemis de l’homme. Il vaut peut-être la peine de penser à la vie en prenant le point de vue de cet insecte. La vie d’un moustique femelle, qui dure trois à six semaines, est loin d’être une partie de plaisir. Boire du sang n’est pas facile; plus elle met de temps à trouver un vaisseau sanguin, plus elle risque d’être écrasée. Et après tout, elle n’a pas choisi de véhiculer tous ces parasites mortels. Où les trouve-t-elle? Chez nous, tout simplement.

Nous avons passé les cinquante dernières années à chercher un vaccin contre le paludisme, ce qui nous éviterait de le transmettre aux moustiques et de l’attraper à cause d’eux. Il peut être plus logique de les aider à résister à cette maladie. On a récemment achevé le séquençage du génome de deux des espèces les plus dangereuses de moustiques. Au lieu d’utiliser ces connaissances pour mieux les anéantir, pourquoi ne pas s’en servir pour renforcer leur système immunitaire? On se résignerait aux enflures et aux démangeaisons si on était sûr de ne pas avoir de fièvre ensuite.

Constance Casey

Traduit par Micha Cziffra

Photo: Aedes aegypti / James Gathany / Domaine public

L’AUTEUR Constance Casey Constance Casey est une ancienne journaliste qui a aussi été jardinière au Service des parcs de New York. Elle tient aujourd’hui le blog Observant Garderner.

Source : http://www.slate.fr/story/26589/moustique-mortel-aiguille-volante

Les cybercondriaques

Vous 01/09/2010 à 00h00

Les cybercondriaques

Virus. La nouvelle plaie des toubibs : l’essor de l’autodiagnostic médical sur le Web. Lors des consultations, les médecins doivent désormais convaincre autant que guérir.

Par ANNE-CLAIRE GENTHIALON

(Christophe Maout)

Des patients qui arrivent chez leur médecin en ayant en tête un diagnostic glané sur le Net, surdocumentés sur leur pathologie comme pour un grand oral. En face, des toubibs qui s’en agacent, maudissant la Toile… Depuis cinq ans, les infos médicales du Web parasitent la relation patient-médecin. Comme si un tiers virtuel s’interposait.

«Certains internautes cherchent à s’approprier un savoir qu’ils ne maîtrisent pas, explique Alexandra Gardoy, généraliste dans l’Ain. La médecine ne s’apprend ni ne s’exerce par ordinateur.» En ligne de mire des praticiens : les forums des sites de santé généralistes type Doctissimo ou Auféminin, essentiellement consultés par des mères de famille. Ce n’est pas le contenu rédactionnel, rédigé par des journalistes scientifiques ou des médecins, qui les irritent, mais bien ces espaces communautaires où foisonnent des informations souvent non vérifiées et anxiogènes à souhait (lire ci-contre).

«Ils vont taper leurs symptômes dans un moteur de recherche qui les oriente sur un forum où on raconte n’importe quoi, raconte Anne Dudek, généraliste à Paris. Toutes les éventualités sont en vrac : un mal de tête peut être dû à un problème de lunettes jusqu’à une tumeur cérébrale. Les patients vont retenir le pire.» Un lumbago se transforme en métastases osseuses, une crampe en sclérose en plaque. Et le patient aura tendance à craindre une intervention chirurgicale, pour avoir déniché un récit détaillé de complications.

Témoignages. Phénomène marginal réservé à quelques internautes hypocondriaques ? Pas vraiment. Aujourd’hui, selon un sondage Ipsos réalisé pour le conseil national de l’ordre des médecins (Cnom), sept Français sur dix consultent la Toile pour obtenir des informations en matière de santé. Si le médecin reste la source principale d’information, Internet, au fil des ans, est devenu le deuxième moyen de s’informer. A égalité avec les proches, mais devant le pharmacien.

Que ce soit pour connaître une maladie et ses symptômes, se renseigner sur un traitement, glaner des conseils pour rester en bonne santé ou recueillir des témoignages d’autres patients, le Web devient un réflexe. «Internet peut être intéressant pour certaines maladies chroniques, comme le diabète. Les gens malades à vie peuvent trouver des conseils pour améliorer leur quotidien, relève Anne Dudek. Mais la consultation est un lieu de dialogue. Tout le contact humain et relationnel, le Web ne peut pas le remplacer.»

Certains choisissent d’en parler avec leur médecin, leur offrant l’occasion de corriger le tir et de rassurer. Mais ils restent une minorité : les deux tiers des internautes fans de sites médicaux n’en font pas état lors de la consultation. «On les repère quand même grâce au vocabulaire, note Robert Thebault, médecin urgentiste. Ils emploient du jargon médical. On sent que ce sont des informations brutes qu’ils tentent de ramener à leur propre cas.» Conséquence ? «Ça nous complique le diagnostic, on doit poser les questions différemment.» «Il faut argumenter, dire pourquoi ils n’ont pas de cancer. Une petite minorité n’en démordra pas et ne partira pas du cabinet sans avoir une ordonnance pour un scanner», ajoute la généraliste Alexandra Gardoy. Quid de la confiance accordée aux médecins ? Pour certains praticiens, souvent plus âgés, pas de doute : l’usage massif du Web constitue le chant du cygne de la consultation.

Bobologie. Pourtant, l’influence de la Toile est à relativiser. Avant Internet, il y avait la bobologie de comptoir ou la coupure de presse que certains stressés amenaient chez leurs généralistes. «Les ragots de santé ont toujours existé. Sur Internet, l’information est foisonnante mais souvent de qualité, explique pour sa part Jacques Lucas, vice-président du (Cnom). Il y a vingt ans, nous étions dans un rapport paternaliste : le médecin avait l’autorité sur le patient, car il savait. Désormais, la relation reste de confiance, mais n’est plus aveugle, puisque le patient peut croiser ses sources.» En pariant qu’un patient mieux informé, acteur de sa santé, se soignera mieux.

Face à l’essor des pratiques en ligne, plusieurs pistes de réflexion ont été lancées pour faire du Net un moyen de prolonger la consultation. Formation aux nouvelles technologies dans le cursus universitaire, développement du rôle du médecin dans la recherche d’informations santé en ligne… Pour le Cnom, puisque les médecins demeurent pour les Français la source d’informations la plus fiable, le plus important est de les inciter à s’investir davantage sur la Toile via la création d’un blog ou de leur propre site web.

«Les professionnels de santé doivent aller là où se jouent les enjeux, résume l’Ordre des médecins. Les deux tiers des Français interrogés se rendraient sur le site internet de leur médecin s’il en avait un, et 35% des personnes ne consultant pas sur Internet pourraient le faire si leur médecin disposait d’un site», assure Jacques Lucas. Des recommandations a priori plutôt bien accueillies par les médecins. Seul hic : très peu connaissent le contenu des sites de santé grand public. La raison invoquée ? Le manque de temps, tout simplement.

Photo Christophe Maout

L’homme le plus seul de la planète

Jeudi 26 août 2010 à 16h07 

L’homme le plus seul de la planète

Il est isolé au coeur de la forêt amazonienne depuis des années. Pour combien de temps encore?
– La forêt amazonienne recule sans cesse. Paulo Whitaker / Reuters –

L’homme le plus isolé de la planète passe toutes ses nuits dans une hutte recouverte de feuilles de palmier dans la partie brésilienne de l’Amazonie. Les insectes sont partout, les singes-araignées patrouillent à la cime des arbres, les cochons sauvages explorent les sous-bois. Et cet homme restera à jamais un détail anonyme du paysage, camouflé à en devenir quasiment invisible. Cette description ne s’appuie que sur des hypothèses invérifiables, mais elle ne doit pas tellement s’éloigner de la réalité. L’isolement de cet homme est tellement extrême et dure depuis tellement longtemps qu’un journaliste ne prend pas de véritable risque à le dépeindre en train de vivre en silence un moment de solitude totale.

Cet homme est un Indien dont les autorités brésiliennes ont conclu qu’il était le dernier survivant d’une tribu qui n’a jamais eu le moindre contact avec le monde extérieur. Ils ont pris connaissance de l’existence de cet homme il y a une quinzaine d’années, et ont lancé pendant dix ans de nombreuses expéditions à sa recherche, afin d’assurer sa sécurité et établir un contact pacifique. En 2007, l’élevage et l’exploitation forestière se rapprochant dangeureusement de son lieu d’habitation, le gouvernement a déclaré propriété privée la zone de 50km² qui entoure sa hutte.

C’est censé être une zone sûre, et il s’y trouve toujours. Seul.

L’histoire offre peu d’exemples de gens qui peuvent rivaliser avec la solitude de cet Indien. C’est peut-être celle qu’on appelait «The Lone Woman of San Nicolas» (Ndt: la femme solitaire de San Nicolas) qui s’en rapprocherait le plus. Une Indienne aperçue pour la première fois en 1853 par un chasseur de loutres, et qui vivait seule sur une île proche de la côte californienne. Les prêtres catholiques qui envoyèrent un bateau pour la ramener ont pu établir qu’elle était la dernière survivante de sa tribu, décimée 18 ans auparavant. Mais les détails de sa survie n’étaient pas plus étoffés que ça. Elle mourut quelques semaines après son «sauvetage».

Nul doute qu’au cours de l’histoire, d’autres survivants de ce genre sont morts dans l’indifférence générale. Mais ce qui fait de cet homme au Brésil un cas unique, ce n’est pas le degré extrême de son isolement, ni le fait que le gouvernement est au courant de son existence, mais plutôt la réaction de ce dernier.

Nos sociétés modernes ont toujours assimilé et décidé du sort des populations autochtones, quelles qu’elles soient. Mais le Brésil est en plein milieu d’une expérience: si un contact pacifique est établi avec cet Indien solitaire, c’est qu’il en aura lui-même décidé ainsi. Le gouvernement a appelé ça la «Politique de non-contact». Après des années de tentatives aux conséquences souvent tragiques d’intégrer dans la vie moderne ces populations qui vivent encore dans les régions les plus sauvages de la planète, cette décision est un pas dans une direction totalement différente. Et c’est le cas complexe de cet Indien qui va permettre de la tester.

Quelques habitants avaient déjà entendu parler de cet homme solitaire en 1996, lorsque les bûcherons du Rondônia, un Etat situé au nord-ouest du pays, ont commencé à faire circuler une rumeur: un sauvage vivrait dans la forêt, et il serait apparemment seul. Les agents de terrain du gouvernement brésilien spécialistes des tribus isolées ont rapidement trouvé une de ses huttes –un minuscule abri de chaume avec un mystérieux trou creusé au milieu. En poursuivant leurs recherches, ils ont découvert que l’homme était en fuite, et qu’il allait de cabane en cabane, les abandonnant à mesure que les bûcherons –et les agents du gouvernement– se rapprochaient. Aucune tribu connue ne vivait comme lui, creusant des trous rectangulaires de plus d’un mètre cinquante de profondeur au milieu des huttes sans but apparent. Il ne semblait être le survivant d’aucune tribu répertoriée.

Les agents ont fini par le retrouver; il ne portait aucun vêtement, avait dans les 35 ans (il a aujourd’hui un peu moins de 50 ans) et ne se séparait jamais de son arc et de ses flèches. Ces rencontres se soldaient toujours par un échec, situation frustrante et parfois même tragique puisqu’une fois, l’Indien a délivré un message clair à un agent qui poussait trop loin les tentatives de contact, sous la forme d’une flèche dans la poitrine.

Les contacts de ce genre se sont toujours révélés compliqués, mais ces rencontres ont permis aux agents d’établir le profil de cet homme au passé tragique. Lors d’une opération de débroussaillage, on a retrouvé les ruines de plusieurs huttes détruites par des bulldozers (14 en tout), avec dans chacune d’elle le même trou rectangulaire que l’Indien solitaire avait creusé dans ses abris. Les autorités en ont alors conclu qu’il s’agissait du site de son village, détruit en 1996 par d’avides propriétaires terriens.

Ces affrontements ne sont par rares: la Constitution brésilienne de 1988 garantissant aux Indiens la propriété des terres traditionnellement occupées par leur tribu, cela a poussé les colons à chasser hors des terres convoitées des tribus qui n’avaient jamais eu de contact avec le monde extérieur. Quelques mois avant de commencer la traque de l’Indien solitaire, des agents avaient réussi à établir un premier contact pacifique avec deux tribus vivant dans la même région. L’une d’entre elles, les Akuntsu, ne comptait plus que 6 membres. Tous les autres, expliqua le chef, avaient été tués lors d’un raid par des hommes armés de pistolets et de tronçonneuses.

Aujourd’hui, si vous vous rendez dans le Rondônia, tous les propriétaires terriens locaux nieront avoir connaissance de ces massacres. Mais beaucoup d’entre eux n’ont pas peur d’exprimer leur mépris vis-à-vis de la création de réserves pour ces minuscules tribus. Ils vous diront qu’il est absurde de protéger 50km² de terre pour le bénéfice d’un seul homme, alors qu’un gros ranch pourrait produire de la nourriture pour des milliers de gens.

Un argument de moins en moins valide, en partie à cause de ces milliers de mètres carrés de forêt amazonienne nettoyés mais désespérément vides et laissés à l’abandon. Le seul modèle économique dans lequel l’augmentation de la production dépend de façon vitale d’un nettoyage accru est strictement local. La question du profit –défrichage contre préservation– ne concerne que deux personnes: l’industriel et l’Indien.

Les agents du gouvernement le savent, c’est pour cette raison qu’ils considèrent la protection de  cet homme comme une question de droit humain, et non d’économie.

Il se nourrit principalement de gibier sauvage, qu’il chasse avec son arc ou piège dans des trous hérissés de pointes. Il a planté quelques cultures autour de ses huttes, du maïs et du manioc entre autres, et recueille souvent le miel des ruches que les abeilles sans dard installent dans le tronc de certains arbres. Certaines marques laissées sur les arbres portent à croire que cet Indien a une vie spirituelle, ce qui, selon les experts, pourrait l’aider à surmonter la détresse psychologique qu’il y a à se retrouver, d’une certaine manière, le dernier homme sur terre.

Mais combien de temps peut encore durer cet isolement? Avec Facebook, je sais ce que des gens qui habitent à l’autre bout de la planète ont mangé au petit-déjeuner, entreprises et gouvernement sont plus que jamais à la recherche de ressources monnayables; comment se fait-il que personne n’ait encore éliminé cet homme? En 2010, peut-on vraiment vivre en-dehors du système?

Certains Brésiliens estiment que c’est la rapidité du progrès technologique lui-même qui protège cet Indien au lieu de le menacer. Les agents qui étudient son cas depuis 1996 pensent que plus l’histoire de cet homme complètement isolé se propage –et rien n’est plus facile de nos jours– moins il aura à craindre ces raids anonymes organisés par les propriétaires locaux et qui ont déjà décimé des dizaines de tribus par le passé. Des technologies telles que Google Earth et d’autres programmes de cartographie peuvent aider à surveiller les frontières de son territoire. Au lieu de lancer des expéditions intrusives pour s’assurer de la sécurité des tribus indiennes, les autorités brésiliennes ont annoncé qu’elles allaient tenter une expérience avec des capteurs de chaleur installés sur des avions qui voleraient assez haut pour ne pas perturber ces populations.

La première fois que j’ai entendu parler de cet Indien solitaire, c’était il y a cinq ans, alors que je travaillais comme correspondant pour le Washington Post en Amérique du Sud, et que j’interviewais quelqu’un qui dirigeait un organisme du gouvernement fédéral brésilien pour la protection des tribus isolées de l’Amazonie. Il a mentionné cet homme en aparté, me racontant la dernière tentative de forcer le contact avec lui, cette expédition où un agent s’est pris une flèche dans la poitrine.

J’avais dessiné une grosse étoile et trois points d’exclamation dans la marge de mon carnet alors qu’il changeait de sujet. Ces rappels, pour ne pas que j’oublie d’y revenir, étaient parfaitement inutiles, puisque je ne pensais à rien d’autre que cet homme solitaire et toutes ces tentatives téméraires d’établir le contact.

Aujourd’hui, ce qui occupe mes pensées est un brin différent: toujours cet homme solitaire, et la retenue sans précédent dont font preuve les agents pour ne pas que l’histoire se répète.

Monte Reel
Il est l’auteur du livre: The Last of the Tribe: The Epic Quest To Save a Lone Man in the Amazon (Le dernier de la tribu: Une aventure épique pour sauver l’homme seul de l’Amazonie).

Traduit par Nora Bouazzouni

Photo: La forêt amazonienne recule sans cesse. Paulo Whitaker / Reuters

Source : http://www.slate.fr/story/26503/homme-plus-seul-planete

Les Français ne supportent plus le bruit des voisins

Les Français ne supportent plus le bruit des voisins

LEMONDE | 28.08.10 | 14h56  •  Mis à jour le 28.08.10 | 14h56

Le bruit peut rendre fou. Le 14 juillet, en région parisienne, un homme a poignardé deux de ses voisins, excédé par le bruit des pétards que les jeunes faisaient exploser. Anne-Marie Watel, institutrice bretonne, se décrit comme “une personne très calme”. Mais lorsque, à la salle des fêtes à côté de chez elle, la musique retentit toute la nuit jusqu’au matin, elle n’hésite pas : “J’ ai débarqué à 10 heures du matin, j’étais prête à tout. Quelqu’un aurait seulement levé la main sur moi, je lui rentrais dedans. Dans ces cas-là, vous avez envie de tuer. Je n’en suis jamais venue aux mains, mais les idées me sont venues. Sans les excuser, je comprends les personnes qui en arrivent là”, confie l’adhérente de l’Association antibruit de voisinage (AABV).

Les faits divers de ce genre sont légion, comme si le bruit en lui-même avait un impact sur le psychisme. Le tribunal de grande instance a même octroyé à l’institutrice des dommages et intérêts pour “atteinte à la santé”. Devenue irritable, elle s’est vu prescrire des anxiolytiques par son médecin.

Car la sensibilité au bruit ne cesse d’augmenter : en 1989, une étude du Credoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) fait état de 43 % de Français gênés par le bruit. En 2007, le baromètre santé-environnement indiquait que 50 % des personnes interrogées se disaient incommodées par le bruit à leur domicile. Aujourd’hui, ce sont deux Français sur trois que les nuisances sonores dérangent chez eux, et près d’un sur six a même pensé à déménager, d’après une étude réalisée en mai par TNS- Sofres à la demande du ministère de l’écologie. 54 % des Français interrogés citent les transports comme principale source de nuisances sonores, 21 % évoquent les bruits liés au comportement.

Une étude, pilotée par la direction générale de la santé (DGS) et l’Autorité de contrôle des nuisances sonores aéroportuaires (Acnusa) est en cours pour connaître les effets du bruit des avions sur la santé. Parmi les principaux axes de recherche de cette étude baptisée “Debats” (Discussion sur les effets du bruit des aéronefs touchant la santé) : les troubles du sommeil, les pathologies cardio-vasculaires ou les effets sur la santé mentale.

Pour Catherine Chini-Germain, conciliatrice de justice, le bruit est “le problème le plus compliqué”, parce qu’il touche à la sphère psychologique. “Le bruit représente un pourcentage important de mes saisines, je dirais 25 % à 30 %. C’est un vrai fléau : je suis face à des gens sensés qui se retrouvent hors d’eux, qui explosent”, ajoute la conciliatrice. Elle compare le bruit répétitif au “supplice chinois de la goutte d’eau. Vous attendez le prochain bruit, vous ne pensez plus qu’à ça”.

Le bruit a des conséquences sur le comportement : d’après l’étude de TNS-Sofres, 28 % des Français ont été gênés par le bruit au point de se sentir très irritables, 26 % au point de ne pas pouvoir se concentrer sur leurs activités, et 25 % déclarent être très fatigués. “Lorsque le psychisme est attaqué par une sollicitation excessive et subie, comme les excès sonores, et que, pour diverses raisons, il n’est plus en mesure de s’en protéger pour se ressourcer, la personne en état de stress peut déclencher des états non maîtrisés tels que l’excès de violence ou le passage à l’acte contre soi ou autrui”, explique Ariane Bilheran, psychologue clinicienne.

Même si le bruit peut faire sortir n’importe qui de ses gonds, pour Nicole Prieur, psychothérapeute, ce sont souvent des personnes “déjà vulnérables” qui passent à l’acte. “Sont plus touchées par le bruit les personnalités “borderline”, aux frontières psychiques poreuses, c’est-à-dire que la limite entre eux et les autres n’est pas clairement posée”, ajoute la psychothérapeute. Selon Nicole Prieur, les problèmes comportementaux liés au bruit tournent autour de la question de la frontière psychique : “Notre maison, notre chambre, c’est une représentation de notre espace intérieur. Le bruit des voisins brouille les frontières psychiques. Symboliquement, c’est comme si le voisin entrait dans notre chambre, entrait en nous. Il s’agit d’un processus d’intrusion, on a l’impression d’être violé.”

Sandrine Bonicel, jeune maman de 33 ans, a vu ses phobies sociales revenir lorsque, avec son ami, elle a acheté un appartement à Montpellier. Au-dessus, des voisins très bruyants, avec, tous les jours, la musique à fond, et des enfants qui martèlent le parquet en permanence. Son psychologue lui a expliqué qu’elle n’était pas bien dans son environnement. “J’ai l’impression que je ne suis pas en sécurité chez moi, je me sens agressée en permanence”, témoigne-t-elle. L’étude de TNS-Sofres révèle que le domicile est de plus en plus vécu comme un lieu de refuge, où le bruit venu de l’extérieur est dérangeant : 50 % des Français trouvent les nuisances sonores plus dérangeantes à leur domicile que dans leurs trajets ou sur leur lieu de travail.

Les bruits de voisinage poussent donc à bout non par leur seule intensité, mais parce qu’ils imposent à celui qui les subit une violence, celle de s’introduire de force dans son domaine privé. Un espace d’autant plus jalousement gardé que les sollicitations sensorielles extérieures sont multiples.

Plana Radenovic
Article paru dans l’édition du 29.08.10.