Monthly Archives: August 2010

“Le Monde Magazine” : Au secours ! Tout va trop vite !

“Le Monde Magazine” : Au secours ! Tout va trop vite !

LE MONDE MAGAZINE | 29.08.10 | 19h48  •  Mis à jour le 30.08.10 | 09h09
Au secours ! Tout va trop vite !

AFP/LOIC VENANCE

Au secours ! Tout va trop vite !

SENTIMENT D’URGENCE

L’homme contemporain remonte désespérément une pente qui s’éboule. Nous fonçons pour rester à la même place, dans un présent qui fuit sans cesse. Car si nous arrêtons une seconde de courir – après le travail, nos courriels, nos rendez-vous, nos obligations, notre argent, après le temps qui file – nous tombons. Dans le chômage, la pauvreté, l’oubli, la désocialisation.

Voilà le portrait du moderne, selon le sociologue allemand Hartmut Rosa. Le temps désormais s’accélère et nous dévore, comme hier Cronos ses enfants. L’accélération technique, au travail, sur les écrans, dans les transports, la consommation, a mené à l’accélération effrénée de notre rythme de vie. Puis a précipité le changement social. Rien n’y résiste.

Les métiers changent en quelques années, les machines en quelques mois, aucun emploi n’est assuré, les traditions et les savoir-faire disparaissent, les couples ne durent pas, les familles se recomposent, l’ascenseur social descend, le court terme règne, les événements glissent.

L’impression de ne plus avoir de temps, que tout va trop vite, que notre vie file, l’impression d’être impuissant à ralentir nous angoisse et nous stresse. Ainsi Hartmut Rosa, 45 ans, professeur à l’université Friedrich- Schiller d’Iéna, développe sa “critique sociale du temps” de la “modernité tardive” dans sa magistrale étude, Accélération (La Découverte).

Après les études inquiètes de Paul Virilio sur la vitesse, Hartmut Rosa examine la dissolution de la démocratie, des valeurs, de la réflexion, de notre identité, emportées par la vague de l’accélération. Entretien de rentrée, alors que déjà, tous, congés derrière nous, on se magne.

C’est la rentrée, le moment où on ressent avec le plus d’acuité la façon dont nos vies s’accélèrent. Nous avons même souvent le sentiment que les vacances se sont passées à toute allure. Comment expliquer ce sentiment d’urgence permanent ?

Hartmut Rosa : Aujourd’hui, le temps a anéanti l’espace. Avec l’accélération des transports, la consommation, la communication, je veux dire “l’accélération technique”, la planète semble se rétrécir tant sur le plan spatial que matériel.

Des études ont montré que la Terre nous apparaît soixante fois plus petite qu’avant la révolution des transports. Le monde est à portée de main. Non seulement on peut voyager dans tous les coins, rapidement, à moindres frais et sans faire beaucoup d’efforts, mais on peut aussi, avec l’accélération des communications, la simultanéité qu’elle apporte, télécharger ou commander presque chaque musique, livre ou film de n’importe quel pays, en quelques clics, au moment même où il est produit.

Cette rapidité et cette proximité nous semblent extraordinaires, mais au même moment chaque décision prise dans le sens de l’accélération implique la réduction des options permettant la jouissance du voyage et du pays traversé, ou de ce que nous consommons. Ainsi les autoroutes font que les automobilistes ne visitent plus le pays, celui-ci étant réduit à quelques symboles abstraits et à des restoroutes standardisés.

Les voyageurs en avion survolent le paysage à haute altitude, voient à peine la grande ville où ils atterrissent et sont bien souvent transportés dans des camps de vacances, qui n’ont pas grand-chose à voir avec le pays véritable, où on leur proposera de multiples “visites guidées”. En ce sens, l’accélération technique s’accompagne très concrètement d’un anéantissement de l’espace en même temps que d’une accélération du rythme de vie.

Car, même en vacances, nous devons tout faire très vite, de la gymnastique, un régime, des loisirs, que nous lisions un livre, écoutions un disque, ou visitions un site. Voilà pourquoi on entend dire à la rentrée : “Cet été, j’ai fait la Thaïlande en quatre jours.” Cette accélération des rythmes de vie génère beaucoup de stress et de frustration. Car nous sommes malgré tout confrontés à l’incapacité de trop accélérer la consommation elle-même.

S’il est vrai qu’on peut visiter un pays en quatre jours, acheter une bibliothèque entière d’un clic de souris, ou télécharger des centaines de morceaux de musique en quelques minutes, il nous faudra toujours beaucoup de temps pour rencontrer les habitants, lire un roman ou savourer un air aimé. Mais nous ne l’avons pas. Il nous est toujours compté, il faut se dépêcher. C’est là un des stress majeurs liés à l’accélération du rythme de vie : le monde entier nous est offert en une seconde ou à quelques heures d’avion, et nous n’avons jamais le temps d’en jouir.

Selon vous, l’accélération de la vie se traduit par l’augmentation de plus en plus rapide du nombre d’actions à faire par unité de temps. C’est-à-dire ?

Ces jours-ci, les gens rentrent de congés et déjà tous, vous comme moi, se demandent comment ils vont réussir à venir à bout de leur liste de choses “à faire”. La boîte mail est pleine, des factures nouvelles se présentent, les enfants réclament les dernières fournitures scolaires, il faudrait s’inscrire à ce cursus professionnel, ce cours de langue qui me donnerait un avantage professionnel, je dois m’occuper de mon plan de retraite, d’une assurance santé offrant des garanties optimales, je suis insatisfait de mon opérateur téléphonique, et cet été j’ai constaté que je négligeais mon corps, ne faisais pas assez d’exercice, risquais de perdre ma jeunesse d’allure, si concurrentielle.

Nous éprouvons un réel sentiment de culpabilité à la fin de la journée, ressentant confusément que nous devrions trouver du temps pour réorganiser tout cela. Mais nous ne l’avons pas. Car les ressources temporelles se réduisent inexorablement.

Nous éprouvons l’impression angoissante que si nous perdons ces heures maintenant, cela serait un handicap en cette rentrée sur les chapeaux de roue, alors que la concurrence entre les personnes, le cœur de la machine à accélération, s’aiguise.

Et même si nous trouvions un peu de temps, nous nous sentirions coupables parce qu’alors nous ne trouverions plus un moment pour nous relaxer, passer un moment détendu avec notre conjoint et nos enfants ou encore aller au spectacle en famille, bref profiter un peu de cette vie. Au bout du compte, vous voyez bien, c’est l’augmentation du nombre d’actions par unité du temps, l’accélération du rythme de vie qui nous bouscule tous.

En même temps, chaque épisode de vie se réduit…

En effet, la plupart des épisodes de nos journées raccourcissent ou se densifient, au travail pour commencer, où les rythmes s’accélèrent, se “rationalisent”. Mais aussi en dehors. On assiste à une réduction de la durée des repas, du déjeuner, des moments de pause, du temps passé en famille ou pour se rendre à un anniversaire, un enterrement, faire une promenade, jusqu’au sommeil.

Alors, pour tout faire, nous devons densifier ces moments. On mange plus vite, on prie plus vite, on réduit les distances, accélère les déplacements, on s’essaie au multitasking, l’exécution simultanée de plusieurs activités. Hélas, comme nos ressources temporelles se réduisent, cet accroissement et cette densification du volume d’actions deviennent vite supérieurs à la vitesse d’exécution des tâches.

Cela se traduit de façon subjective par une recrudescence du sentiment d’urgence, de culpabilité, de stress, l’angoisse des horaires, la nécessité d’accélérer encore, la peur de “ne plus pouvoir suivre”. A cela s’ajoute le sentiment que nous ne voyons pas passer nos vies, qu’elles nous échappent.

Nous assistons, dites-vous, à une “compression du présent”, qui devient de plus en plus fuyant. Pouvez-vous nous l’expliquer ?

Si nous définissons notre présent, c’est-à-dire le réel proche, comme une période présentant une certaine stabilité, un caractère assez durable pour que nous y menions des expériences permettant de construire l’aujourd’hui et l’avenir proche, un temps assez conséquent pour que nos apprentissages nous servent et soient transmis et que nous puissions en attendre des résultats à peu près fiables, alors on constate une formidable compression du présent.

A l’âge de l’accélération, le présent tout entier devient instable, se raccourcit, nous assistons à l’usure et à l’obsolescence rapide des métiers, des technologies, des objets courants, des mariages, des familles, des programmes politiques, des personnes, de l’expérience, des savoir-faire, de la consommation.

Dans la société pré-moderne, avant la grande industrie, le présent reliait au moins trois générations car le monde ne changeait guère entre celui du grand-père et celui du petit-fils, et le premier pouvait encore transmettre son savoir-vivre et ses valeurs au second.

Dans la haute modernité, la première moitié du xxe siècle, il s’est contracté à une seule génération : le grand-père savait que le présent de ses petits-enfants serait différent du sien, il n’avait plus grand-chose à leur apprendre, les nouvelles générations devenaient les vecteurs de l’innovation, c’était leur tâche de créer un nouveau monde, comme en Mai 68 par exemple.

Cependant, dans notre modernité tardive, de nos jours, le monde change plusieurs fois en une seule génération. Le père n’a plus grand-chose à apprendre à ses enfants sur la vie familiale, qui se recompose sans cesse, sur les métiers d’avenir, les nouvelles technologies, mais vous pouvez même entendre des jeunes de 18 ans parler d'”avant” pour évoquer leurs 10 ans, un jeune spécialiste en remontrer à un expert à peine plus âgé que lui sur le “up to date”. Le présent raccourcit, s’enfuit, et notre sentiment de réalité, d’identité, s’amenuise dans un même mouvement.

Propos recueillis par Frédéric Joignot

REUTERS / © David Gray

LE TEMPS, C’EST DE L’ARGENT

C’est septembre, nous reprenons le travail. Au début de l’été, le directeur général de France Télécom reconnaissait que le suicide d’un de ses employés était un accident du travail. Il y a eu près de cinquante suicides au sein du groupe depuis 2008. Comment en sommes-nous arrivés là ? L’accélération au travail en est-elle la cause ?

Evidemment, pour l’économie capitaliste, que nous le voulions ou non, l’équation simple selon laquelle “le temps c’est de l’argent se vérifie partout. Pour les employeurs, gagner du temps revient à améliorer leurs bénéfices, et ils y réussissent en accélérant la production et la circulation des biens, c’est-à-dire en faisant travailler ouvriers et employés plus vite, avec toutes les techniques de “gestion par le stress” qui vont avec.

Dorénavant, lorsqu’une entreprise ou une administration licencie des gens, cela ne signifie pas qu’il y a moins de travail à faire, mais que ceux qui restent en auront plus à réaliser. Tout cela conduit à une polarisation malsaine, bien montrée par les études de sociologie, entre ceux qui sont surchargés de travail et ceux qui sont exclus du système d’accélération par le chômage.

Car le chômage est aujourd’hui une forme de décélération forcée, et mal vécue. Cependant, ce n’est pas simplement parce que les gens ont beaucoup de tâches à faire et doivent travailler plus vite qu’ils tombent malades ou sont victimes de dépression. Ce qui fait aller vraiment mal, jusqu’au “burn-out” et au suicide, c’est le sentiment général de courir de plus en plus vite sans jamais aller nulle part et que la valeur de leur travail se déprécie rapidement.

Un être humain peut encaisser de grands efforts dans le but d’atteindre un objectif, ou de se construire une carrière où il déploiera un talent. Mais l’impression dominante des salariés actuels, au moins dans nos sociétés occidentales, c’est qu’ils doivent courir de plus en plus vite simplement pour faire du surplace, juste pour ne pas tomber du monde du travail, pour survivre…

C’est votre image du travailleur d’aujourd’hui, un homme courant sur un tapis roulant, s’épuisant pour rester immobile…

De nos jours, même en Allemagne les entreprises ont commencé à imposer la “flexibilité” au détriment des emplois stables. Des études récentes ont révélé une érosion constante des emplois durables depuis les années 1990, une réduction sensible de la durée d’emploi au sein d’une même entreprise, une augmentation des déplacements d’une entreprise à l’autre, une recrudescence des contrats à court et moyen terme.

Ajoutez la dérégulation des conditions de travail, les nouvelles formes d’emploi intérimaire, à temps partiel, à la maison, etc., qui renforcent cette impression d’insécurité professionnelle et de course vers nulle part. Si on ne court pas, nous en sommes persuadés, on décline, on perd en qualification, le chômage nous guette, la dépression, la misère.

A l’accélération technique, à celle des rythmes de vie, il faut ajouter une accélération sociale. Aujourd’hui, aucune situation n’est assurée, la transmission n’est pas garantie, le précaire règne. Il est symptomatique de constater que les parents ne croient plus que leurs enfants auront des vies meilleures que les leurs. Ils se contentent d’espérer qu’elles ne seront pas pires.

Il existe une autre raison pour laquelle les gens se sentent si mal, déprimés, voire suicidaires au travail. Régulièrement, les dirigeants des entreprises présentent de nouveaux projets, des stratégies pour gagner du temps et de l’argent, rentabiliser la production, dégraisser les effectifs. Ou encore, ils mettent en place de nouveaux outils informatiques plus performants, ou des concepts marketing présentés comme innovants, ou réorganisent les chaînes de travail, et ainsi de suite.

Les marchés financiers saluent ces mouvements comme autant de signes positifs d’activité. Mais très souvent, ces formes frénétiques d’accélération et de réorganisation ne procèdent pas d’un processus d’apprentissage à l’intérieur de l’entreprise, ou d’une meilleure utilisation des talents, il s’agit presque toujours de changements aléatoires, erratiques, caractériels, des changements pour le changement, dépourvus de sens.

Et comme la plupart du temps ils ne débouchent sur aucune amélioration réelle, ils accroissent le sentiment de dévalorisation et d’anxiété chez les travailleurs concernés. Dans le même temps, les directions d’entreprise entendent conserver leurs “normes de qualité”, ajoutent toujours de nouvelles formes de classement, d’évaluation et de notation des employés, créant une tension supplémentaire qui finit par rattraper les dirigeants eux-mêmes.

Le résultat peut être observé dans presque toutes les sphères du travail contemporain, à tous les niveaux des entreprises. Les employés se sentent non seulement stressés et menacés, mais encore sous pression, désarmés, incapables de montrer leur talent, bientôt découragés. Voyez comme partout les enseignants se plaignent de ne plus avoir de temps pour apprendre à leurs étudiants, les médecins et infirmières pour s’occuper humainement de leurs patients, les chercheurs pour se concentrer sans être soumis à des évaluations permanentes.

D’où ce sentiment de courir sur un tapis roulant ou une pente qui s’éboule. Au final, nous éprouvons tous ce que le sociologue Alain Ehrenberg nomme la “fatigue d’être soi” (Odile Jacob, 1998) tandis que, constate-t-il, la dépression devient la pathologie psychique la plus répandue de la modernité avancée.

Propos recueillis par Frédéric Joignot


REUTERS / © Alex Grimm

LA PERTE DE L’IDENTITÉ STABLE

Vous parlez de la “nervosité permanente” de l’individu contemporain…

Jusqu’à aujourd’hui, la modernité comme l’idée de progrès nous promettaient que les gens finiraient par être libérés de l’oppression politique et de la nécessité matérielle, pourraient vivre une existence choisie et autodéterminée. Cette idée repose sur la supposition que nous portons tous quelque chose qui ressemble à un “projet d’existence”, notre propre rêve de ce qu’on pourrait appeler la “bonne vie”.

C’est pourquoi, dans les sociétés modernes, les individus développaient de véritables “identités narratives” qui leur permettaient de relater l’histoire de leur parcours comme autant d’histoires de conquête, certes semées d’embûches, mais allant vers cette “bonne vie” dont ils rêvaient.

Désormais, il devient impossible de développer ne serait-ce qu’un début de projet d’existence. Le contexte économique, professionnel, social, géographique, concurrentiel est devenu bien trop fluctuant et rapide pour qu’il soit plausible de prédire à quoi notre monde, nos vies, la plupart des métiers, et nous-même, ressembleront dans quelques années.

L’identité ne repose plus sur des affirmations du genre : “Je suis boulanger, socialiste, marié avec Christine et je vis à Paris.” Nous disons plutôt : “Pour le moment, j’ai un emploi de boulanger, j’ai voté pour les socialistes aux dernières élections mais changerai la prochaine fois, je suis marié avec Christine depuis cinq ans, qui veut divorcer, et, si je vis à Paris depuis huit ans, je vais partir à Lyon cette année, pour le travail.”

Cette perte d’une identité stable n’est pas sans conséquence. D’abord, les jeunes gens ne démarrent plus dans la vie avec la supposition qu’ils pourront se construire l’existence qui leur plaira, ni même une identité issue d’eux-mêmes. Les étudiants choisissent des filières susceptibles de leur fournir des “opportunités” au cœur de l’accélération, et ils savent qu’ils doivent se tenir prêts à changer complètement de direction et de métier si de nouvelles occasions se présentent.

“Laissez ouvertes toutes les options” est devenu l’impératif catégorique de la modernité tardive. Il nous faut apprendre à devenir des surfeurs hasardeux, chevauchant la vague de l’accélération sans but et sans direction, en se tenant prêt à saisir celle qui vient, et à en sauter chaque fois que les vents tournent.

Propos recueillis par Frédéric Joignot

REUTERS / © Shannon Stapleton

DÉSYNCHRONISATION ÉCONOMIQUE ET ÉCOLOGIQUE

Le mois de septembre sera difficile en France comme en Europe, avec tous les plans d’austérité annoncés. Selon vous, la plupart des crises actuelles, écologiques ou économiques, sont liées à la désynchronisation induite par l’accélération générale…

La grave crise écologique actuelle est sans conteste une crise de désynchronisation. On épuise les ressources naturelles à un rythme bien plus élevé que la reproduction des écosystèmes tandis qu’on déverse nos déchets et nos poisons, on l’a vu cet été dans le golfe du Mexique, à une vitesse bien trop élevée pour que la nature s’en débarrasse.

D’ailleurs, le réchauffement de la Terre signifie littéralement qu’on accélère l’atmosphère, parce qu’une augmentation de la température équivaut à une augmentation de l’agitation des molécules qui la composent. Mais il existe d’autres formes de désynchronisation, tout aussi graves.

Je prendrai la désynchronisation entre la démocratie politique d’une part, et l’économie mondialisée d’autre part. Le débat politique prend du temps, il ne peut en être autrement pour qu’il reste démocratique. Il faut beaucoup de discussions, d’arguments, de réflexions, de délibérations pour construire un consensus politique dans une société pluraliste et organiser la volonté démocratique.

Par contraste, avec la mondialisation et l’accélération technologique, la vitesse de la transaction économique et financière s’accroît sans cesse. Le résultat immédiat est la désynchronisation des sphères politiques et économico-technologiques, que l’administration Obama a dénoncée à plusieurs reprises.

Depuis les années 1980, les néolibéraux ont tout fait pour réduire le contrôle politique et étatique sur le monde financier afin d’augmenter la vitesse des transactions économiques et des flux du capital. Nous connaissons le résultat, la désynchronisation radicale entre le monde des bénéfices instantanés de la finance assistée par la haute technologie, et celui de l’économie réelle, du logement, de la consommation, beaucoup plus lent.

Il a fallu que la bulle éclate pour parvenir à un ralentissement – en anglais, une récession économique est un slowdown – non seulement des flux de la finance, ce qui a failli aboutir à une débâcle du système bancaire, mais aussi de l’économie. Actuellement, suite aux risques d’effondrement consécutifs à la crise mondiale débutée en 2007, les politiciens se mobilisent.

Nous sommes dans la phase de re-synchronisation, et cela coûte une fortune aux Etats et aux populations qui doivent désormais subir un plan de rigueur sans précédent. Mais si on regarde de près, on constate que les politiciens n’arrivent à proposer que d’éteindre les feux ou de tenter d’installer des garde-fous à l’accélération financière comme à Wall Street.

Propos recueillis par Frédéric Joignot


AFP/ROBIN UTRECHT

L’HISTOIRE ACCÉLÉRÉE

L’accélération affecte aussi les actualités, les événements et même, dites-vous, la mémoire.

Il est frappant de constater combien des successions d’événements du mois précédent, ou de quelques jours auparavant, parfois même de quelques heures, auxquels nous donnions tant d’importance, qui nous semblaient chargés de signification, disparaissent de notre mémoire.

Parfois, ils ne semblent même pas laisser de trace. Ainsi, que reste-t-il de la Coupe du monde de football, cet été, ou de la crise européenne, il y a six mois, lorsque la Grèce s’est retrouvée au bord du défaut de paiement ?

Tous ces événements nous apparaissent déjà comme voilés par la brume de l’histoire accélérée. Ces épisodes ne semblent plus faire partie de nos vies, ils ne sont plus reliés à notre présent, encore moins à notre présence au monde. Ils ne nous disent plus rien sur ce que nous sommes, ils ne nous concernent plus ou si peu.

Notre époque se montre extrêmement riche en événements éphémères et très pauvre en expériences collectives porteuses de sens. Des épisodes aussi importants que la disparition de l’URSS ou la première guerre d’Irak appartiennent déjà à un passé lointain. L’histoire depuis s’est encore accélérée.

Si les premiers journaux quotidiens s’étaient donné pour objectif de nous offrir les “nouvelles du jour”, ils ne suffisent plus aujourd’hui. Les médias d’information en continu comme CNN sont apparus, les “JT” sont réactualisés tout au long de la journée, nourris en permanence par un texte défilant donnant, minute par minute, les toutes dernières news. L’actualité du monde est devenue un flux constant de nouvelles offert 24 heures sur 24.

Ici encore, l’accélération technique contribue à celle du changement social. En effet, la diffusion de plus en plus rapide des informations induit des réactions de plus en plus rapides, que ce soit dans les marchés financiers ou dans les médias. La connaissance de l’état du monde à midi est déjà dépassée à 16 heures, la durée de vie d’une actualité se réduit jusqu’à tendre vers zéro, les journalistes ont à peine le temps de la décrire et l’analyser, les gens de la comprendre.

Au final, nous avons tous l’impression de vivre dans une instabilité permanente, un présent court où des faits rapportés en début de journée semblent avoir perdu toute leur valeur le soir même, et dont nous ne savons plus quoi penser…

L’accélération touche donc aussi notre capacité de comprendre notre époque en profondeur.

Oui, nous perdons notre emprise théorique sur le monde, la réflexion de fond régresse, nous n’arrivons plus à appréhender le sens et les conséquences de nos actions. Nous n’avons plus le temps de délibérer, de réfléchir, de formuler, de tester et construire des arguments. C’est pourquoi, en politique, le parti victorieux n’est plus celui qui présente les meilleurs arguments ou le meilleur programme, mais celui qui sera doté des images les plus frappantes.

Car les images vont vite, les arguments lentement. Ainsi, nous assistons au règne de l’opinion rapide, des décisions politiques réactives. Au règne de l’aléatoire et de la contingence : un seul aspect d’un problème important se voit retenu par les médias, souvent par hasard, ou parce qu’il fait réagir et donne des images, puis il devient peu à peu le sujet unique du débat.

Prenez le débat actuel sur l’islam en Europe. En France on ne parle plus que du voile, en Allemagne des minarets, un thème devient très vite le point central des analyses menées par les commentateurs, puis par les hommes politiques.

Ainsi, le point de vue illusoire et réactif, la doxa, n’est elle-même que la conséquence aléatoire d’une constellation d’événements eux-mêmes aléatoires. C’est pourquoi j’en arrive à comparer l’accélération sociale à une forme inédite de totalitarisme.

Elle affecte toutes les sphères de l’existence, tous les segments de la société, jusqu’à affecter gravement notre soi et notre réflexion. Personne n’y échappe, il est impossible d’y résister, et cela génère un sentiment d’impuissance.

Si l’Eglise catholique a été accusée de produire des fidèles enclins à la culpabilité, au moins proposait-elle du réconfort : “Jésus est mort pour porter vos péchés, vous pouvez en être absous par la confession et l’absolution.” Rien de tel n’existe dans la société contemporaine. Nous n’échappons pas à l’accélération.

Propos recueillis par Frédéric Joignot

Note du 27 août 2010 – Visiter Paris par-delà les musées et les monuments

Un article de Wikifle.

  • C1Rencontre avec danah boyd : Danah boyd travaille depuis maintenant un an et demi au Microsoft Research New England et s’est auparavant fait connaître grâce à ses études sur Friendster puis MySpace. Elle se spécialise sur la question des pratiques et usages des adolescents sur les réseaux sociaux et sur les questions liées à la confidentialité. Ses analyses ont déjà été régulièrement reprises sur OWNI. Je suis allé la rencontrer à Boston. Owni
  • B1Allez au ciné et, pour 5 euros, repartez avec le film sur clé USB : Etonnante initiative que celle des cinémas Utopia, en vigueur dès la mi-septembre : au lieu d’entrer dans la salle obscure, les spectateurs munis d’une clé USB ou d’une carte mémoire pourront repartir avec une copie du film, en qualité DVD ou HD et sans DRM, contre la somme assez modique de 5 euros. Rue89
  • B1Visiter Paris par-delà les musées et les monuments : Paris a accueilli 27 millions de touristes en 2009. Si l’on se fie aux premières tendances esquissées par les professionnels, le cru 2010, sur fond d’euro faible, devrait être meilleur. Des touristes plus nombreux mais plus exigeants aussi : aux visites classiques de la capitale s’ajoutent désormais des visites thématiques, originales ou décalées, qui permettent de découvrir les quartiers parisiens sous un autre angle. Une initiative déjà adoptée par un grand nombre de métropoles européennes et régionales. Le Monde
  • A2Dormir sept heures ni plus ni moins : Rien de tel qu’une bonne nuit et un sommeil réparateur pour être en parfaite santé… A condition toutefois d’être fidèle au chiffre magique, “7”, le nombre d’heures de repos préconisé par des chercheurs américains. Selon une étude publiée le 1er août dans la revue Sleep, les risques de maladies cardiovasculaires augmenteraient aussi bien lorsque l’on dort plus de sept heures que moins de sept heures. Le Monde
  • C1Plus on est de fous, mieux on vit : N’en déplaise aux misanthropes, les autres sont peut-être le meilleur moyen d’éviter une descente aux enfers précipitée. Des chercheurs américains ont compilé les résultats de 143 études sur les liens entre relations sociales et état de santé. Il en ressort que l’isolement augmente les risques de mortalité. Vivre reclus serait aussi dangereux que fumer quinze cigarettes par jour ou être alcoolique. Et deux fois plus risqué qu’être obèse. Libération
  • B2L’homme le plus seul de la planète : L’homme le plus isolé de la planète passe toutes ses nuits dans une hutte recouverte de feuilles de palmier dans la partie brésilienne de l’Amazonie. Les insectes sont partout, les singes-araignées patrouillent à la cime des arbres, les cochons sauvages explorent les sous-bois. Et cet homme restera à jamais un détail anonyme du paysage, camouflé à en devenir quasiment invisible. Slate.fr
    

L’homme le plus seul de la planète

Jeudi 26 août 2010 à 16h07 

L’homme le plus seul de la planète

Il est isolé au coeur de la forêt amazonienne depuis des années. Pour combien de temps encore?
– La forêt amazonienne recule sans cesse. Paulo Whitaker / Reuters –

L’homme le plus isolé de la planète passe toutes ses nuits dans une hutte recouverte de feuilles de palmier dans la partie brésilienne de l’Amazonie. Les insectes sont partout, les singes-araignées patrouillent à la cime des arbres, les cochons sauvages explorent les sous-bois. Et cet homme restera à jamais un détail anonyme du paysage, camouflé à en devenir quasiment invisible. Cette description ne s’appuie que sur des hypothèses invérifiables, mais elle ne doit pas tellement s’éloigner de la réalité. L’isolement de cet homme est tellement extrême et dure depuis tellement longtemps qu’un journaliste ne prend pas de véritable risque à le dépeindre en train de vivre en silence un moment de solitude totale.

Cet homme est un Indien dont les autorités brésiliennes ont conclu qu’il était le dernier survivant d’une tribu qui n’a jamais eu le moindre contact avec le monde extérieur. Ils ont pris connaissance de l’existence de cet homme il y a une quinzaine d’années, et ont lancé pendant dix ans de nombreuses expéditions à sa recherche, afin d’assurer sa sécurité et établir un contact pacifique. En 2007, l’élevage et l’exploitation forestière se rapprochant dangeureusement de son lieu d’habitation, le gouvernement a déclaré propriété privée la zone de 50km² qui entoure sa hutte.

C’est censé être une zone sûre, et il s’y trouve toujours. Seul.

L’histoire offre peu d’exemples de gens qui peuvent rivaliser avec la solitude de cet Indien. C’est peut-être celle qu’on appelait «The Lone Woman of San Nicolas» (Ndt: la femme solitaire de San Nicolas) qui s’en rapprocherait le plus. Une Indienne aperçue pour la première fois en 1853 par un chasseur de loutres, et qui vivait seule sur une île proche de la côte californienne. Les prêtres catholiques qui envoyèrent un bateau pour la ramener ont pu établir qu’elle était la dernière survivante de sa tribu, décimée 18 ans auparavant. Mais les détails de sa survie n’étaient pas plus étoffés que ça. Elle mourut quelques semaines après son «sauvetage».

Nul doute qu’au cours de l’histoire, d’autres survivants de ce genre sont morts dans l’indifférence générale. Mais ce qui fait de cet homme au Brésil un cas unique, ce n’est pas le degré extrême de son isolement, ni le fait que le gouvernement est au courant de son existence, mais plutôt la réaction de ce dernier.

Nos sociétés modernes ont toujours assimilé et décidé du sort des populations autochtones, quelles qu’elles soient. Mais le Brésil est en plein milieu d’une expérience: si un contact pacifique est établi avec cet Indien solitaire, c’est qu’il en aura lui-même décidé ainsi. Le gouvernement a appelé ça la «Politique de non-contact». Après des années de tentatives aux conséquences souvent tragiques d’intégrer dans la vie moderne ces populations qui vivent encore dans les régions les plus sauvages de la planète, cette décision est un pas dans une direction totalement différente. Et c’est le cas complexe de cet Indien qui va permettre de la tester.

Quelques habitants avaient déjà entendu parler de cet homme solitaire en 1996, lorsque les bûcherons du Rondônia, un Etat situé au nord-ouest du pays, ont commencé à faire circuler une rumeur: un sauvage vivrait dans la forêt, et il serait apparemment seul. Les agents de terrain du gouvernement brésilien spécialistes des tribus isolées ont rapidement trouvé une de ses huttes –un minuscule abri de chaume avec un mystérieux trou creusé au milieu. En poursuivant leurs recherches, ils ont découvert que l’homme était en fuite, et qu’il allait de cabane en cabane, les abandonnant à mesure que les bûcherons –et les agents du gouvernement– se rapprochaient. Aucune tribu connue ne vivait comme lui, creusant des trous rectangulaires de plus d’un mètre cinquante de profondeur au milieu des huttes sans but apparent. Il ne semblait être le survivant d’aucune tribu répertoriée.

Les agents ont fini par le retrouver; il ne portait aucun vêtement, avait dans les 35 ans (il a aujourd’hui un peu moins de 50 ans) et ne se séparait jamais de son arc et de ses flèches. Ces rencontres se soldaient toujours par un échec, situation frustrante et parfois même tragique puisqu’une fois, l’Indien a délivré un message clair à un agent qui poussait trop loin les tentatives de contact, sous la forme d’une flèche dans la poitrine.

Les contacts de ce genre se sont toujours révélés compliqués, mais ces rencontres ont permis aux agents d’établir le profil de cet homme au passé tragique. Lors d’une opération de débroussaillage, on a retrouvé les ruines de plusieurs huttes détruites par des bulldozers (14 en tout), avec dans chacune d’elle le même trou rectangulaire que l’Indien solitaire avait creusé dans ses abris. Les autorités en ont alors conclu qu’il s’agissait du site de son village, détruit en 1996 par d’avides propriétaires terriens.

Ces affrontements ne sont par rares: la Constitution brésilienne de 1988 garantissant aux Indiens la propriété des terres traditionnellement occupées par leur tribu, cela a poussé les colons à chasser hors des terres convoitées des tribus qui n’avaient jamais eu de contact avec le monde extérieur. Quelques mois avant de commencer la traque de l’Indien solitaire, des agents avaient réussi à établir un premier contact pacifique avec deux tribus vivant dans la même région. L’une d’entre elles, les Akuntsu, ne comptait plus que 6 membres. Tous les autres, expliqua le chef, avaient été tués lors d’un raid par des hommes armés de pistolets et de tronçonneuses.

Aujourd’hui, si vous vous rendez dans le Rondônia, tous les propriétaires terriens locaux nieront avoir connaissance de ces massacres. Mais beaucoup d’entre eux n’ont pas peur d’exprimer leur mépris vis-à-vis de la création de réserves pour ces minuscules tribus. Ils vous diront qu’il est absurde de protéger 50km² de terre pour le bénéfice d’un seul homme, alors qu’un gros ranch pourrait produire de la nourriture pour des milliers de gens.

Un argument de moins en moins valide, en partie à cause de ces milliers de mètres carrés de forêt amazonienne nettoyés mais désespérément vides et laissés à l’abandon. Le seul modèle économique dans lequel l’augmentation de la production dépend de façon vitale d’un nettoyage accru est strictement local. La question du profit –défrichage contre préservation– ne concerne que deux personnes: l’industriel et l’Indien.

Les agents du gouvernement le savent, c’est pour cette raison qu’ils considèrent la protection de  cet homme comme une question de droit humain, et non d’économie.

Il se nourrit principalement de gibier sauvage, qu’il chasse avec son arc ou piège dans des trous hérissés de pointes. Il a planté quelques cultures autour de ses huttes, du maïs et du manioc entre autres, et recueille souvent le miel des ruches que les abeilles sans dard installent dans le tronc de certains arbres. Certaines marques laissées sur les arbres portent à croire que cet Indien a une vie spirituelle, ce qui, selon les experts, pourrait l’aider à surmonter la détresse psychologique qu’il y a à se retrouver, d’une certaine manière, le dernier homme sur terre.

Mais combien de temps peut encore durer cet isolement? Avec Facebook, je sais ce que des gens qui habitent à l’autre bout de la planète ont mangé au petit-déjeuner, entreprises et gouvernement sont plus que jamais à la recherche de ressources monnayables; comment se fait-il que personne n’ait encore éliminé cet homme? En 2010, peut-on vraiment vivre en-dehors du système?

Certains Brésiliens estiment que c’est la rapidité du progrès technologique lui-même qui protège cet Indien au lieu de le menacer. Les agents qui étudient son cas depuis 1996 pensent que plus l’histoire de cet homme complètement isolé se propage –et rien n’est plus facile de nos jours– moins il aura à craindre ces raids anonymes organisés par les propriétaires locaux et qui ont déjà décimé des dizaines de tribus par le passé. Des technologies telles que Google Earth et d’autres programmes de cartographie peuvent aider à surveiller les frontières de son territoire. Au lieu de lancer des expéditions intrusives pour s’assurer de la sécurité des tribus indiennes, les autorités brésiliennes ont annoncé qu’elles allaient tenter une expérience avec des capteurs de chaleur installés sur des avions qui voleraient assez haut pour ne pas perturber ces populations.

La première fois que j’ai entendu parler de cet Indien solitaire, c’était il y a cinq ans, alors que je travaillais comme correspondant pour le Washington Post en Amérique du Sud, et que j’interviewais quelqu’un qui dirigeait un organisme du gouvernement fédéral brésilien pour la protection des tribus isolées de l’Amazonie. Il a mentionné cet homme en aparté, me racontant la dernière tentative de forcer le contact avec lui, cette expédition où un agent s’est pris une flèche dans la poitrine.

J’avais dessiné une grosse étoile et trois points d’exclamation dans la marge de mon carnet alors qu’il changeait de sujet. Ces rappels, pour ne pas que j’oublie d’y revenir, étaient parfaitement inutiles, puisque je ne pensais à rien d’autre que cet homme solitaire et toutes ces tentatives téméraires d’établir le contact.

Aujourd’hui, ce qui occupe mes pensées est un brin différent: toujours cet homme solitaire, et la retenue sans précédent dont font preuve les agents pour ne pas que l’histoire se répète.

Monte Reel
Il est l’auteur du livre: The Last of the Tribe: The Epic Quest To Save a Lone Man in the Amazon (Le dernier de la tribu: Une aventure épique pour sauver l’homme seul de l’Amazonie).

Traduit par Nora Bouazzouni

Photo: La forêt amazonienne recule sans cesse. Paulo Whitaker / Reuters

Source : http://www.slate.fr/story/26503/homme-plus-seul-planete

Enfants ou pas enfants, les femmes gagnent moins que les hommes

Vous 11/08/2010 à 13h07

Enfants ou pas enfants, les femmes gagnent moins que les hommes

Les femmes restent pénalisées en terme de salaires vis-à-vis de leurs collègues masculins, même lorsqu’elles n’ont pas interrompu leur carrière professionnelle en raison des enfants, selon une étude publiée dans le numéro de juillet de la revue de l’OFCE.

«Les hommes gagnent en moyenne 17% de plus que les femmes qui n’ont pas interrompu leur carrière pour des raisons familiales», relève l’étude, qui se base en l’espèce sur la tranche d’âge 39-49 ans.

Un phénomène qui semble d’autant plus injuste que cette catégorie de femmes qui se sont consacrées exclusivement à leur carrière sont en général plus diplômées que les hommes: 19% d’entre elles ont obtenu au minimum un baccalauréat plus trois contre 17%.

«Tout se passe comme si les femmes qui n’ont jamais eu l’intention d’interrompre leur carrière n’ont pas pu envoyer un signal crédible aux employeurs sur leur engagement à long terme», indique l’étude, réalisée par des chercheurs de l’Institut national de la Statistique et des Etudes économiques et de l’Institut national d’Etudes démographiques.

«Avoir ou ne pas avoir d’enfants ne paraît pas influencer significativement le salaire horaire», souligne l’étude.

Une fois embauchées, les femmes sans enfants restent ainsi l’objet d’une «suspicion d’un moindre attachement à leur poste» de la part de leurs employeurs.

Selon l’étude, 30% de l’écart de salaire entre les hommes et les femmes sans interruption de carrière s’explique par différents facteurs: le fait que les hommes occupent «moins souvent des emplois à temps partiels», travaillent dans «des secteurs économiques plus rémunérateurs» ou occupent «des postes plus élevés».

En d’autres termes, 70% de l’écart reste injustifié. «L’essentiel de l’écart entre les hommes et ces femmes n’est pas explicable par des différences de caractéristiques observables», affirment les auteurs de l’étude.

Quant aux femmes n’ayant pas sacrifié leur carrière pour s’occuper de leurs enfants, elles gagnent «23% de plus que les femmes qui ont temporairement arrêté de travailler pour des raisons familiales». En moyenne, les premières ont d’ailleurs moins d’enfants que les secondes (14% ont trois enfants et plus contre 44% pour les autres).

(Source AFP)

Source : http://www.liberation.fr/vous/0101651499-enfants-ou-pas-enfants-les-femmes-gagnent-moins-que-les-hommes

Gagner moins, cocufier plus

Vous 30/08/2010 à 00h00

Gagner moins, cocufier plus

Par ANNE-CLAIRE GENTHIALON

Femme, si tu veux que ton époux reste fidèle, gagne moins que lui. C’est, en substance, la conclusion d’une étude de sociologie des plus désespérantes sur la parité hommes-femmes présentée cet été aux Etats-Unis. Les hommes qui gagnent moins d’argent que leur femme ont plus de chances de les tromper. Ce cocufiage étant une façon pour ces mâles orgueilleux de «restaurer leur identité masculine ressentie comme menacée». Mais subvenir aux besoins de la maisonnée rendrait aussi les femmes plus enclines à batifoler. Tout le monde s’y retrouverait presque. Sauf que plus la femme est dépendante financièrement de son partenaire, moins elle a envie d’aller voir ailleurs. L’étude rappelle que les femmes trompent leur compagnon deux fois moins que les hommes.

Source : http://www.liberation.fr/vous/0101654806-gagner-moins-cocufier-plus

Plus on est de fous, mieux on vit

Vous 30/08/2010 à 00h00

Plus on est de fous, mieux on vit

Réseau . Selon des chercheurs américains, pour bien se porter mieux vaut avoir une vie sociale conséquente.

Par LISETTE GRIES

N’en déplaise aux misanthropes, les autres sont peut-être le meilleur moyen d’éviter une descente aux enfers précipitée. Des chercheurs américains ont compilé les résultats de 143 études sur les liens entre relations sociales et état de santé. Il en ressort que l’isolement augmente les risques de mortalité. Vivre reclus serait aussi dangereux que fumer quinze cigarettes par jour ou être alcoolique. Et deux fois plus risqué qu’être obèse.

Plusieurs raisons sont évoquées pour expliquer l’impact de la vie sociale sur la forme physique. Une personne malade mais bien entourée prendra les repas qu’on lui prépare, les médicaments qu’on lui laisse sur la table de nuit et aura moins de chances d’oublier ses rendez-vous médicaux. Mais être au cœur d’un réseau social conduirait également à se soucier davantage de sa propre santé. «Quand on se sent responsable d’autres gens, on se sent utile et l’on prend moins de risques», souligne Julianne Holt-Lunstad, une psychologue membre de l’équipe de chercheurs. Autrement dit, pour ne pas laisser tomber ses collègues ou son équipe de volley, on surveillerait de près alimentation, loisirs et mode de vie.

L’étude montre également que la présence d’une personne de confiance à nos côtés lors d’une situation stressante empêcherait que le rythme cardiaque et la pression artérielle ne s’emballent. En gros, plus on est de fous, moins on s’inquiète. Une hypothèse scientifique avance que les hormones du «stress» influencent le fonctionnement du système immunitaire. Une vie sociale variée et dense, en diminuant le stress, aurait alors un impact direct sur la bonne tenue des défenses naturelles.

Ce bénéfice pour la santé fait défaut, dans l’Hexagone, à près de 4 millions de personnes. Une étude de la Fondation de France, parue au début de l’été, montre qu’un Français sur dix souffre de grande solitude et qu’il est déconnecté des quatre sphères sociales : famille, amis, emploi et vie associative. Un individu sur quatre n’a de contact que dans l’une de ces sphères. Ces situations ne concernent pas que les personnes âgées : la moitié de ces «isolés» ont moins de 60 ans. Ce risque d’être seul, impossible à réguler médicalement, est de surcroît plus important pour les gens qui ont de faibles revenus.

Source : http://www.liberation.fr/vous/0101654807-plus-on-est-de-fous-mieux-on-vit

Dormir sept heures ni plus ni moins

Dormir sept heures ni plus ni moins

LEMONDE | 03.08.10 | 16h23  •  Mis à jour le 03.08.10 | 16h23

Selon une étude américaine, dormir sept heures, ni plus ni moins, garantirait une bonne santé.

BOLCINA JIMMY/PHOTO NEWS

Selon une étude américaine, dormir sept heures, ni plus ni moins, garantirait une bonne santé.

Rien de tel qu’une bonne nuit et un sommeil réparateur pour être en parfaite santé… A condition toutefois d’être fidèle au chiffre magique, “7”, le nombre d’heures de repos préconisé par des chercheurs américains. Selon une étude publiée le 1er août dans la revue Sleep, les risques de maladies cardiovasculaires augmenteraient aussi bien lorsque l’on dort plus de sept heures que moins de sept heures.

Plus précisément, cette étude menée par une équipe de la faculté de médecine de l’université de Virginie-Occidentale (West Virginia University, WWU) dirigée par le professeur Anoop Shankar révèle que dormir moins de cinq heures (siestes incluses) multiplie par deux les risques d’infarctus, d’angines et d’insuffisances coronariennes. Le groupe de population le plus exposé est celui des moins de 60 ans dormant moins de cinq heures par nuit, souligne l’étude.

Plus surprenant, les gros dormeurs mettent leur santé en péril. En s’accordant régulièrement plus de neuf heures de repos par nuit, ils augmentent les risques de maladies cardiovasculaires dans une proportion importante : trois fois plus que la population qui cale son réveil sur le nombre magique de sept heures par nuit.

En analysant les données d’un questionnaire réalisé auprès de 30 000 adultes, les chercheurs de WWU ont observé que les excès de sommeil pouvaient affecter les glandes endocrines et avoir un impact sur les fonctions métaboliques. “C’est une donnée extrêmement importante, explique le docteur Arnaud Metlaine, praticien hospitalier et spécialiste du sommeil au centre du sommeil de l’Hôtel-Dieu, à Paris, qui confirme des études précédentes.” “Il faut multiplier les travaux dans ce domaine afin d’insister sur ce grand enjeu de santé publique que sont les fortes variations du sommeil, alerte le docteur. La nouvelle organisation du temps de travail semble générer de plus grandes privations de sommeil avec une tendance de récupération excessive qui s’avère également dangereuse pour la santé.” Et le praticien de s’alarmer du temps de sommeil de certains adolescents, qui passent une bonne partie de la nuit à jouer aux jeux vidéo ou à surfer sur Internet.

Le professeur Yvan Touitou, spécialiste en chronobiologie à la Fondation Rothschild, à Paris, accueille avec satisfaction cette étude américaine dont il ne connaît, pour le moment, que les grandes lignes. “Toutes les recherches épidémiologiques sont intéressantes, car elles apportent des notions nouvelles dans un domaine essentiel à la santé. L’alternance veille et sommeil constitue un élément clé de resynchronisation, qui exerce une sorte de calage de notre horloge biologique, poursuit le professeur Touitou. Lorsque nous avons un décalage, il s’opère des désynchronisations qui conduisent à un certain nombre de dérèglements.”

Le chronobiologiste invite toutefois à considérer ces nouvelles données avec prudence, car il convient également de prendre en compte la typologie personnelle. “Certaines personnes sont de gros dormeurs et d’autres pas, certains sont du soir et d’autres du matin. Cela n’en fait pas nécessairement des personnes à risque élevé.” Il revient à chacun de trouver son propre rythme et de le privilégier le plus régulièrement possible.

Mélina Gazsi
Article paru dans l’édition du 04.08.10.

Visiter Paris par-delà les musées et les monuments

Visiter Paris par-delà les musées et les monuments

LEMONDE | 04.08.10 | 16h16  •  Mis à jour le 04.08.10 | 16h16
Un parcours "nature" permet de découvrir les ruches sur le toit du Grand Palais, à Paris.

AFP/STEPHANE DE SAKUTIN

Un parcours “nature” permet de découvrir les ruches sur le toit du Grand Palais, à Paris.

Paris a accueilli 27 millions de touristes en 2009. Si l’on se fie aux premières tendances esquissées par les professionnels, le cru 2010, sur fond d’euro faible, devrait être meilleur. Des touristes plus nombreux mais plus exigeants aussi : aux visites classiques de la capitale s’ajoutent désormais des visites thématiques, originales ou décalées, qui permettent de découvrir les quartiers parisiens sous un autre angle. Une initiative déjà adoptée par un grand nombre de métropoles européennes et régionales.

L’une des façons les plus originales consiste finalement à arpenter la ville avec l’aide de ceux qui l’habitent. L’initiative est née au début des années 1990, à New York. Constatant que la métropole américaine suscitait à la fois un grand engouement et d’importantes réticences chez les touristes qui redoutaient pêle-mêle la cherté de la ville et son insécurité, une New-Yorkaise, Lynn Brooks, a décidé d’accueillir les touristes avec les habitants. L’association BAG, pour Big Apple Greeter, voyait le jour. Depuis, l’expérience a été étendue. Une quinzaine de villes, regroupées au sein d’un réseau international proposent des visites organisées par des riverains. Marseille, Nantes, Lyon et le département du Pas-de-Calais sont adhérents à ce réseau bénévole.

A Paris, l’association Parisien d’un jour, Parisien toujours fonctionne depuis juillet 2007 sur les traces de BAG et a déjà fait visiter la capitale à plus de 6 000 personnes. Son principe est simple. Environ deux semaines avant son séjour, le futur visiteur s’inscrit sur le site, temps nécessaire pour trouver un guide bénévole aux dates choisies. Le groupe sera constitué de six personnes au maximum. Un seul impératif : la langue sera commune. L’association propose officiellement des visites en sept langues “mais le chiffre de douze est plus proche de la réalité”, assure Dominique Cotto, son président.

“Ces visites, qui durent entre deux et cinq heures, sont gratuites et nos guides n’acceptent jamais d’argent, explique-t-il. Les visiteurs peuvent toutefois faire un don sur Internet pour les frais de fonctionnement.” Actuellement, Parisien d’un jour “emploie” 160 guides, mais l’idéal serait d’en avoir au moins trente de plus, constate M. Cotto. Un besoin d’autant plus justifié que ces spécialistes de l’accueil ont une nouvelle mission : plusieurs communes de la périphérie ont demandé aux bénévoles de les aider à accueillir les nouveaux arrivants.

“Les promenades thématiques ont véritablement le vent en poupe”, reconnaît Paul Roll, directeur général de l’Office du tourisme et des congrès de Paris (OTCP), pointant la forte croissance de toutes ces petites structures dans la capitale. “Après avoir visité la ville d’une façon classique, les touristes, lors d’une seconde visite, sont à la recherche, de quelque chose de différent”, analyse Véronique Potelet, de l’Office.

D’où le succès des visites organisées sur des univers aussi divers que le Paris du cinéma, sur les traces d’Amélie Poulain ou du Da Vinci Code, voire les coulisses des monuments (Tour Eiffel, Opéra Garnier, l’école des Beaux-Arts, ou le cabaret le Lido) proposées par Cultival. Sans oublier le Paris du design, de la nature, de l’architecture, de la mode, du shopping et de la gastronomie. Des thèmes qui font toujours recette…

C’est en s’appuyant sur cette demande croissante que Marie-Bénédicte Pollet a décidé, il y a quatre ans, à la faveur d’un congé parental, de créer sa propre structure de visites, Promenade des Sens. Aujourd’hui, elle organise des visites à Paris en essayant de concilier les dimensions “culture” et “boutiques”. “J’essaie de faire connaître les commerçants qui font vivre les quartiers, les boutiques originales avec des groupes de six personnes”, explique-t-elle, rappelant que son ambition est toujours de “montrer le typiquement parisien”.

Il y a, bien sûr, beaucoup d’autres façons de visiter la capitale. Un grand nombre de ces périples urbains sont recensés sur le site de l’OTCP au sein d’une brochure bilingue téléchargeable (“Paris se visite”) ou dans les différents points d’accueil touristiques installés à Paris pendant la période estivale.

François Bostnavaron
Article paru dans l’édition du 05.08.10.

Les Français ne supportent plus le bruit des voisins

Les Français ne supportent plus le bruit des voisins

LEMONDE | 28.08.10 | 14h56  •  Mis à jour le 28.08.10 | 14h56

Le bruit peut rendre fou. Le 14 juillet, en région parisienne, un homme a poignardé deux de ses voisins, excédé par le bruit des pétards que les jeunes faisaient exploser. Anne-Marie Watel, institutrice bretonne, se décrit comme “une personne très calme”. Mais lorsque, à la salle des fêtes à côté de chez elle, la musique retentit toute la nuit jusqu’au matin, elle n’hésite pas : “J’ ai débarqué à 10 heures du matin, j’étais prête à tout. Quelqu’un aurait seulement levé la main sur moi, je lui rentrais dedans. Dans ces cas-là, vous avez envie de tuer. Je n’en suis jamais venue aux mains, mais les idées me sont venues. Sans les excuser, je comprends les personnes qui en arrivent là”, confie l’adhérente de l’Association antibruit de voisinage (AABV).

Les faits divers de ce genre sont légion, comme si le bruit en lui-même avait un impact sur le psychisme. Le tribunal de grande instance a même octroyé à l’institutrice des dommages et intérêts pour “atteinte à la santé”. Devenue irritable, elle s’est vu prescrire des anxiolytiques par son médecin.

Car la sensibilité au bruit ne cesse d’augmenter : en 1989, une étude du Credoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) fait état de 43 % de Français gênés par le bruit. En 2007, le baromètre santé-environnement indiquait que 50 % des personnes interrogées se disaient incommodées par le bruit à leur domicile. Aujourd’hui, ce sont deux Français sur trois que les nuisances sonores dérangent chez eux, et près d’un sur six a même pensé à déménager, d’après une étude réalisée en mai par TNS- Sofres à la demande du ministère de l’écologie. 54 % des Français interrogés citent les transports comme principale source de nuisances sonores, 21 % évoquent les bruits liés au comportement.

Une étude, pilotée par la direction générale de la santé (DGS) et l’Autorité de contrôle des nuisances sonores aéroportuaires (Acnusa) est en cours pour connaître les effets du bruit des avions sur la santé. Parmi les principaux axes de recherche de cette étude baptisée “Debats” (Discussion sur les effets du bruit des aéronefs touchant la santé) : les troubles du sommeil, les pathologies cardio-vasculaires ou les effets sur la santé mentale.

Pour Catherine Chini-Germain, conciliatrice de justice, le bruit est “le problème le plus compliqué”, parce qu’il touche à la sphère psychologique. “Le bruit représente un pourcentage important de mes saisines, je dirais 25 % à 30 %. C’est un vrai fléau : je suis face à des gens sensés qui se retrouvent hors d’eux, qui explosent”, ajoute la conciliatrice. Elle compare le bruit répétitif au “supplice chinois de la goutte d’eau. Vous attendez le prochain bruit, vous ne pensez plus qu’à ça”.

Le bruit a des conséquences sur le comportement : d’après l’étude de TNS-Sofres, 28 % des Français ont été gênés par le bruit au point de se sentir très irritables, 26 % au point de ne pas pouvoir se concentrer sur leurs activités, et 25 % déclarent être très fatigués. “Lorsque le psychisme est attaqué par une sollicitation excessive et subie, comme les excès sonores, et que, pour diverses raisons, il n’est plus en mesure de s’en protéger pour se ressourcer, la personne en état de stress peut déclencher des états non maîtrisés tels que l’excès de violence ou le passage à l’acte contre soi ou autrui”, explique Ariane Bilheran, psychologue clinicienne.

Même si le bruit peut faire sortir n’importe qui de ses gonds, pour Nicole Prieur, psychothérapeute, ce sont souvent des personnes “déjà vulnérables” qui passent à l’acte. “Sont plus touchées par le bruit les personnalités “borderline”, aux frontières psychiques poreuses, c’est-à-dire que la limite entre eux et les autres n’est pas clairement posée”, ajoute la psychothérapeute. Selon Nicole Prieur, les problèmes comportementaux liés au bruit tournent autour de la question de la frontière psychique : “Notre maison, notre chambre, c’est une représentation de notre espace intérieur. Le bruit des voisins brouille les frontières psychiques. Symboliquement, c’est comme si le voisin entrait dans notre chambre, entrait en nous. Il s’agit d’un processus d’intrusion, on a l’impression d’être violé.”

Sandrine Bonicel, jeune maman de 33 ans, a vu ses phobies sociales revenir lorsque, avec son ami, elle a acheté un appartement à Montpellier. Au-dessus, des voisins très bruyants, avec, tous les jours, la musique à fond, et des enfants qui martèlent le parquet en permanence. Son psychologue lui a expliqué qu’elle n’était pas bien dans son environnement. “J’ai l’impression que je ne suis pas en sécurité chez moi, je me sens agressée en permanence”, témoigne-t-elle. L’étude de TNS-Sofres révèle que le domicile est de plus en plus vécu comme un lieu de refuge, où le bruit venu de l’extérieur est dérangeant : 50 % des Français trouvent les nuisances sonores plus dérangeantes à leur domicile que dans leurs trajets ou sur leur lieu de travail.

Les bruits de voisinage poussent donc à bout non par leur seule intensité, mais parce qu’ils imposent à celui qui les subit une violence, celle de s’introduire de force dans son domaine privé. Un espace d’autant plus jalousement gardé que les sollicitations sensorielles extérieures sont multiples.

Plana Radenovic
Article paru dans l’édition du 29.08.10.

Allez au ciné et, pour 5 euros, repartez avec le film sur clé USB

Allez au ciné et, pour 5 euros, repartez avec le film sur clé USB

Par Augustin Scalbert | Rue89 | 29/08/2010 | 10H11

Etonnante initiative que celle des cinémas Utopia, en vigueur dès la mi-septembre : au lieu d’entrer dans la salle obscure, les spectateurs munis d’une clé USB ou d’une carte mémoire pourront repartir avec une copie du film, en qualité DVD ou HD et sans DRM, contre la somme assez modique de 5 euros.

Ce réseau de cinémas indépendant et militant lance cette initiative dans le contexte d’investissements importants pour la numérisation des salles, et aussi parce qu’il considère que Hadopi est une « stratégie de rupture entre les créateurs et leur public ».

Rodolphe Village, du cinéma de Tournefeuil (Haute-Garonne), est à l’origine de l’idée, baptisée « Vidéo en poche » :

« On est dans un contexte de numérisation des salles, qui donne l’impression de se faire uniquement en faveur de la grosse industrie. C’est une des réponses que nous apportons. »

Concrètement, sur les 5 euros déboursés par le spectateur, 3 euros seront reversés à l’ayant-droit, 1,18 euro à la salle, et 0,82 euro à l’Etat (par la TVA). Le film sera donné au format ouvert Matroska (.mkv), dans une résolution DVD, voire HD.

« Tout le monde n’est pas d’accord avec le retrait des DRM… »

Sans surprise, le procédé (testé à Bordeaux début juillet pendant les rencontres mondiales du logiciel libre) ne concernera pas le dernier blockbuster hollywoodien :

« Tout le monde n’est pas d’accord avec le fait d’enlever les DRM… Une fois que la démonstration sera faite, peut-être que les mentalités évolueront ?

Pour l’instant, l’initiative ne concerne que des petits distributeurs. Si des grands sont intéressés, pourquoi pas ? Mais ce n’est pas la peine d’attendre une forte participation… »

"L'Impitoyable Lune de miel" de Bill Plymoton.Il s’agira donc surtout de films documentaires, d’art et essai, d’œuvres militantes ou de reprises. Plusieurs distributeurs (Les films du paradoxe, ED Distribution, Les films du Whippet) sont déjà dans l’aventure, avec, par exemple, le film d’animation pour adultes « L’Impitoyable Lune de miel », de Bill Plympton.

Autre aspect intéressant de l’initiative, la manière dont les ventes seront techniquement gérées :

« Nous réalisons un logiciel libre qui mettra toutes les salles en réseau, et grâce auquel on pourra facilement en ajouter de nouvelles. Chaque salle, mais aussi les ayants-droit, pourront consulter les statistiques de ventes en temps réel. »

Une salle non-membre du réseau Utopia, L’Alhambra de Calais, a déjà rejoint l’initiative. D’autres cinémas du réseau ISF devraient suivre.

Sauf problème technique, le coup d’envoi sera donné le mercredi 15 septembre dans la dizaine de cinémas Utopia.